Depuis 1983, 4000 villages ont été brûlés ou détruits par l’armée turque dans les districts du Kurdistan. Kurdistan, le mot lui-même est interdit. Chassés de leurs terres, les paysans kurdes tentent l’exil un peu partout, en Europe, aux USA ou dans les métropoles turques. Ou bien, ils viennent s’entasser dans les camps de réfugiés, comme à Diyarbakir, capitale historique du Kurdistan. Au pied de l’imposante muraille de basalte noir, au bord du Tigre, des entrelacs de maisons construites de bric et de broc depuis une dizaine d’années par les 500.000 personnes déplacées constituent un véritable labyrinthe.
A 65 ans, Teyfik Ates est l’un de ces exilés. En 1992, il a été chassé de son village, avec 85 autres familles, pour n’avoir pas voulu s’engager dans le corps des gardiens de village, des Kurdes armés par le gouvernement pour lutter contre la guérilla du PKK. Deux de ses enfants sont toujours emprisonnés dans une prison du centre du pays. Les modestes ressources des parents ne permettent que deux visites annuelles au parloir.
Teyfik a été souvent arrêté et sévèrement torturé depuis son arrivée à Diyarbakir. Chaque fois, c’était parce qu’il manifestait pour demander la libération de ses fils. Il y a perdu l’usage d’une jambe et marche désormais avec une canne.
Comme les millions d’exilés ou de réfugiés qui ont du quitter leurs montagnes, les Ates n’ont pu compter que sur eux-mêmes et sur la solidarité des autres Kurdes.
Tous ces agriculteurs ont dû s’adapter à la vie citadine. Femmes de ménage, porteurs, vendeurs à la sauvette, récupération de matières premières dans les tas d’ordures qui jalonnent la cité, chacun tente de se trouver un moyen de subsistance dans cette nouvelle existence.
Il faut aussi souvent apprendre à vivre sans les hommes : décédés, partis dans la guérilla ou encore emprisonnés (la Turquie compte 12000 prisonniers politiques).
Un autre réfugié, Ali Risa Atli, a lui aussi été chassé de son village. " Tous ceux qui ont résisté sont morts ", relate-t-il. " Nous avons du vendre notre bétail à bas prix et sommes venus nous installer à la ville. Mais nous n’avons pas de logement pour tous ". En association avec une autre famille, il a investi ses maigres économies dans un four à pain, base essentielle de l’alimentation, utilisé par tout le quartier.
Dans ce bidonville, les enfants, dont de nombreux orphelins, sont élevés ensemble dans la rue. L’éducation est un luxe, même si elle est officiellement gratuite.
Dans ces quartiers, les problèmes sont immenses : de nombreux enfants ne font qu’un repas par jour, la typhoïde, le choléra et la tuberculose sont les conséquences de catastrophiques conditions hygiéniques. Eau courante et électricité sont rares dans ces zones périphériques. L’omniprésence de l’armée et de la police, qui patrouillent en permanence en blindés ou en hélicoptères, les arrestations incessantes, la fermeture d’associations comme la Ligue des Droits de l’Homme, les exécutions extrajudiciaires, sont la seule réponse de l’Etat.
La Turquie
Superficie : 779 000 km²
64,5 millions d'habitants dont 73% de population urbaine
Principales villes (estimation 1996 d'habitants)
8 millions: Istamboul
2,9 millions : la capitale Ankara
République
régime parlementaire
L'armée joue un rôle décisif dans la vie politique turc
Suleyman Demirel : Chef de l'Etat
Bülent Ecevit : Premier ministre (social-démocrate)
Le Kurdistan
S'etend sur la Turquie, l'Irak, l'Iran et la Syrie
Population totale estimée entre 40 et 50 millions
Kurdistan de Turquie
environ sur un tiers du territoire turc
Population estimée entre 20 et 30 millions de personnes
Diyarbakir : capitale historique du Kurdistan
Population estimée
plus de 1 million d'habitants dont environ 500 000 refugiés