Izmit, sur la mer de Marmara, dans la grande banlieue d’Istanbul, est le plus grand centre industriel du pays. Des champs de tentes et de préfabriqués s’y étendent désormais à perte de vue le long du golfe. Plus d’un an après le tremblement de terre du 17 août 1999 qui a secoué l’Ouest de la Turquie aux premières heures du jour, dont l’amplitude a atteint entre 6,8 et 7,8 sur l’échelle de Richter, des dizaines de milliers de survivants continuent d’attendre un relogement décent.
Ceux-ci ont tout perdu dans la destruction de leurs maisons. Des proches, mais aussi leurs biens. Blottie près d’un petit chauffage d’appoint, Fatma Balaban ne sait plus quoi espérer. Son mari, un cireur de chaussure qui rapportait l’argent du ménage, est mort sous les décombres de leur immeuble du centre ville. Deux de ses enfants également. Aujourd’hui, elle partage sa tente avec six autres personnes, dont ses deux enfants survivants qu’elle ne peut envoyer à l’école.
" Seul Dieu nous aide ", se lamente la jeune femme assise sur les tapis fournis par l’aide internationale. " Nous n’avons pas de revenus, donc pas d’électricité. Je dois aller chercher l’eau au puits tous les jours. Le plus dur, c’est de traverser l’hiver ".
Dans ces nouveaux quartiers de la ville qui ont poussé là où les immeubles détruits ont été déblayés, sous les tentes alors que les sommets environnants se couvrent de neige, le traumatisme est toujours là. Certains survivants refusent d’ailleurs un relogement dans les nouveaux immeubles, du style des HLM occidentaux, qui ont poussé dans la périphérie de la ville.
Le mari de Sengül Ilgaz travaille d’ailleurs sur ces chantiers. Avant le séisme, toute la famille habitait Gölçuk, une bourgade qui a eu le triste privilège d’être l’épicentre du tremblement de terre. Là, la mer a avancé de 500 mètres, noyant tout un quartier, et les bâtiments qui ne se sont pas écroulés se sont enfoncés d’un mètre dans la terre. Cinq membres de la famille Ilgaz ont d’ailleurs péri sous les décombres, d’où elle a réussi à s’extraire.
" Tout le monde a encore peur, surtout les enfants ", explique-t-elle. " Nous arrivons à voir un docteur de temps en temps ".
Mais, le manque de chaussures et de vêtements chauds est pour l’instant la priorité de la famille qui espère prochainement être relogée dans un préfabriqué.
Une chance qu’elle pourra avoir en tant que turque.
Car, même unis dans cette détresse, le gouvernement turc poursuit sa politique de discrimination ; Kurdes et Tziganes ont peu de chance d’obtenir une place dans un appartement ou même un algéco.
C’est le cas de la famille Kubilay, déjà chassée du Kurdistan, qui se presse à six personnes, dont un bébé, dans l’une de ses tentes. Le mari, Fikri, travaille par intermittence comme manœuvre, pour ramener quelques livres turques qui sont de toutes façons insuffisantes pour faire vivre la famille et espérer quitter ces murs de toiles où le froid s’immisce sans cesse.
" Que faire d’autre ? ", s’interroge fataliste Kodri, la mère de famille. " Nos conditions de vies sont très dures, mais il n’y a pas de solution ". Quelques poules élevées dans l’allée qui sépare les tentes améliorent un peu l’ordinaire et atténuent un peu l’angoisse de l’avenir.
Au loin, les robinets, les douches et les toilettes collectives constituent les seules taches de couleurs dans cet univers de toile blanche, enclavé dans une zone commerciale moderne.
Emine Bagrakter attend elle plus sereinement son relogement. Cette vieille dame a perdu un de ses fils et un de ses petits-fils dans la catastrophe, qu’elle ne peut évoquer sans que des larmes ne coulent sur ses joues. D’une famille aisée, elle habitait une grande maison avec sa famille quand tout s’est écroulé, enfouissant ses proches sous les débris.
Dans sa tente, elle a réussi a faire installer l’électricité, et privilège des Turcs aisés, elle a réussi à y installer une télé et un frigo. Un semblant de foyer où elle vit avec son fils survivant.
" Il commence à faire froid ", constate-t-elle en versant le thé et en montrant les photos des chers disparus. " Le plus dur pour une vieille femme comme moi, c’est le manque de douche et de toilettes dans le foyer. Mais, dès que les buildings seront finis, je serai relogée ".
Le deuxième hiver sous la tente pour ces survivants du cataclysme témoigne de la situation de la Turquie aujourd’hui, un Etat candidat à l’entrée dans l’Union Européenne. Réunis dans la détresse, ces miraculés ne connaîtront pas le même destin. D’autres saisons froides sous la tente se succéderont pour ceux qui sont considérés comme quantité négligeable par le gouvernement et la société.
Superficie : 779 000 km²
64,5 millions d'habitants dont 73% de population urbaine
Principales villes (estimation 1996 d'habitants)
8 millions: Istamboul
2,9 millions : la capitale Ankara
République
régime parlementaire
L'armée joue un rôle décisif dans la vie politique turc
Suleyman Demirel : Chef de l'Etat
Bülent Ecevit : Premier ministre (social-démocrate)
(chiffres 1998) Indicateurs économiques
4% du PNB : Dépenses militaires
-2,3% (1998-99) : Croissance du PIB
Taux de chômage : 6,2%
Dette extérieure : 102 milliards de dollars soit 50% du PNB
Indicateurs démographiques
69,3 ans : Espérance de vie
84% : Taux d'alphabétisation des adultes