Disséminée entre la Jodanie, le Liban et la Syrie, près de 60% de la population palestinienne vit hors des territoires occupés... Mais qu’adviendra-t-il de ces millions de réfugiés si le paragraphe 11 de la résolution 194 des Nations Unies qui stipule leur retour en Palestine n’est jamais appliqué ? Réponse : leur destin se retrouvera entre les mains des autorités des pays d’accueil. Dans ce scénario, le sort des palestiniens du Liban ne pourrait que s’aggraver, vu les conditions de vie qui leur sont imposées depuis 50 ans par les autorités locales : ils ne bénéficient d’aucun droits civiques, n’ont pas accès aux écoles et hôpitaux publics, ne peuvent obtenir la nationalité libanaise... Cette situation est entretenue par les autorités libanaises qui, pour des raisons de politique intérieure et extérieure, met tout en œuvre pour contenir et comprimer la population réfugiée en général et celle des camps en particulier (douze camps réunissent 67% des 370 000 palestiniens présents au Liban). A ces fins, les camps sont soumis à un contrôle très strict : l’introduction de matériaux de construction ou équipements divers est interdite (sauf autorisation expresse), il est interdit d’installer et de détenir une ligne téléphonique, il n’existe pas de système de distribution postal…Ces conditions de vie affectent encore plus cruellement ceux que l’UNWRA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees, entité créée par les Nations Unies en 1948 pour assister les réfugiés en matière sanitaire, d’éducation, de santé...) nomme ‘’SHC’’ (Social Hardship Case, environ 10.6% des réfugiés du Liban selon l’UNWRA), terme qui désigne les réfugiés sans ressources et/ou qui sont des cas sociaux (vieillards, handicapés, orphelins…). Ceux-là ne peuvent compter que sur l’aide de l’UNRWA qui leur attribue jusqu’à 30 USD par mois. Et, vu la situation du marché du travail, chacun pourrait un jour se retrouver ‘’SHC’’... En plus des restrictions dont ils sont victimes (75 professions leur sont interdites), les réfugiés palestiniens subissent en effet la concurrence de dizaines de milliers de syriens pour les emplois non-qualifiés dans les secteurs du bâtiment ou de l’agriculture : un syrien demande deux fois moins qu’un palestinien pour la même tâche (entre 5 et 10 USD pour une journée de tavail). La plupart des réfugiés se trouve aujourd’hui sans emploi et le taux de chômage frise 80 % dans certains camps.
Malgré tout, les camps, créés en 1948, sont toujours là : les bâtiments en dur ont depuis remplacé les tentes et le taux de natalité frise les 8 %. Omniprésents, les enfants n’ont bien souvent que des ruelles tortueuses plus ou moins salubres comme terrain de jeu. Le camp de Chatila, qui jouxte le stade de football flambant neuf et le nouveau centre commercial qui abrite les luxueux Monoprix et BHV, offre un cadre de vie particulièrement miséreux pour les enfants. D’autres camps essaient d’offrir un peu plus : Bourj-el Shemali disposait par exemple d’un terrain de football en bordure du camp... mais une nuit, le terrain a été saccagé par des inconnus hostiles à la présence des réfugiés et les cages de but, renversées.
Bourj-el Shemali se distingue pour d’autres raisons : il dispose d’un centre pour les jeunes (sorte de ‘’MJC’’) ou diverses activités sont proposées et notamment... l’accès à Internet. Le cyber-centre a été inauguré le 30 septembre 2000, en même temps que le site web du camp qui a été réalisé par les réfugiés eux-mêmes. L’ensemble a été financé par le gouvernement canadien et par une ONG canadienne. Dans un contexte ou l’étouffement et la frustration constituent les sentiments les mieux partagés par les réfugiés, le site et l’accès à Internet représentent une opportunité d’émancipation inédite : les réfugiés ont enfin l’occasion de prendre la parole, de faire connaître leur situation et leurs conditions de vie à l’extérieur, de communiquer sans censure avec le reste de la planète. Ce cybercentre est aussi un moyen de responsabiliser des individus qui ont l’habitude que tout soit décidé pour eux puisque toutes les décisions sont prises de façon collective et sans droit de veto. Un seul principe a été adopté (et semble pour le moment respecté) : ne pas parler de politique. Enfin, le contact aux nouvelles technologies permettra peut-être aux réfugiés de s’émanciper sur le plan professionnel. La pénurie de main d’œuvre qualifiée pour travailler sur le Web n’épargnera pas le Proche-Orient et, nécessité faisant loi, les Palestiniens de Bourj pourraient ainsi trouver une place sur le marché du travail libanais. Le cybercentre du camp propose en effet des formations Internet de une ou deux semaines (Mariam Salem, 20 ans, webmaster du site, a été formée de la sorte).
Superficie : 10 000 km²
Population : 4 millions
Capitale : Beyrouth
Croissance : 2,7 % (1998)
Espérance de vie : 70,1 ans
Langue : arabe
Le nombre de Palestiniens réfugiés au Liban était de 106 000 en 1951.
En 1998, (par l'UNRWA) 364 551 personnes, dans les 12 camps (10% de la population libanaise)
Chatila compte près de 10 000 habitants