Alors que leurs propriétés ont été distribuées à des Chypriotes turcs ou a des colons, le droit au retour des Chypriotes grecs a été reconnu en 1996 comme inaliénable par la cour européenne des Droits de l’Homme. Le tiers de la population de l’île a en effet perdu du jour au lendemain l’ensemble de ses biens dans sa fuite. Ce profond traumatisme est le principal terreau des haines intercommunautaires.
" Ma maison de famille est à Kyrénia, je ne l’ai plus jamais revue ", se souvient Christodoulos Elisseou, un employé de banque de Nicosie, qui avait 6 ans à l’époque de sa fuite. " Je ne sais même pas qui y habite aujourd’hui. Bien sûr, j’aimerais retourner là-bas, mais seulement dans le cadre d’une solution de justice ".
Les autorités chypriotes affirment qu’elles détiennent un plan immédiatement applicable pour assurer le retour des réfugiés. Ce dispositif, très onéreux, combinant des constructions nouvelles et des indemnisations, serait remboursé par les économies rendues possibles par la démilitarisation totale de Chypre.
Mais si le retour des réfugiés est une question politique, un autre problème, est encore plus sensible dans l’opinion publique.
C’est le cas, non résolu depuis 1974, des 1619 Chypriotes grecs portés disparus.
Des hommes raflés dans leur village, des adolescents, des prisonniers de guerre enregistrés par la Croix-Rouge n’ont jamais réapparu, et sont probablement morts aujourd’hui. Mais, les familles vivent toujours dans l’expectative et les veuves, les mères et les fiancées espèrent toujours sans pouvoir entamer leur travail de deuil.
Leurs manifestations, tous les week-ends depuis l’invasion au check point de Lydra Palace, a placé ces vieilles femmes parcheminées, habillées de noir des pieds à la tête, au rang de symboles de la tragédie nationale.
" Mon mari et mon fils n’étaient ni des soldats, ni des terroristes ", témoigne Penayiota Pavlou, la photo de ses deux disparus porté à bout de bras. " Dans mon village de Komi Kepir, 13 hommes ne sont jamais revenu, et les Turcs n’ont jamais donné d’explication sur leur sort "..
Récupéré par les nationalistes des deux bords, le cas des disparus, et par là même la reconnaissance des crimes de guerre de l’armée turque, reste l’obstacle majeur à un règlement pacifique de la question chypriote.
Chypre
Nom officiel : République de Chypre
Régime : présidentiel
Superficie totale de l'île : 9 250 km²
Capitale : Nicosie
Population : 800 000 habitants (nord : 198 000)
Langues : grec, turc, anglais
Religions : orthodoxes grecs, musulmans
Monnaie : livre chypriote
PIB : 13 170 millions de dollars
Depuis 1974, le tiers nord de Chypre est occupé par les troupes turques et forme de facto un Etat séparé, appelé République turque de Chypre du Nord et reconnu seulement par la Turquie.